Archives de novembre, 2013

Je sais ce que vous vous dîtes en lisant cette chronique : Wonderland Is A Lie est blindé de post-rock. Je ne saurai vous donner tort… Surtout après la critique de RIEN qui est arrivée il y a peu. Mais bon, ce n’est pas de ma faute si l’actualité du post-rock est si riche en ce moment, (d’ailleurs, Mogwai vient de sortir un single non ?). Enfin bref.

Comme nous l’avons longuement expliqué dans la chronique de Magnetoscop, le principal problème de ce genre exotique qu’est le post-rock est que tous les groupes ont tendance à faire un peu la même chose (putain de paradoxe quand même…) et qu’il est du coup facile de faire le tour d’un style qui ne se veut pourtant pas en être un (demandez à un groupe de post-rock s’ils font du post-rock, ils vous répondront tout simplement non). La principale problématique d’un groupe post-rock est donc de savoir comment se démarquer des autres, sans pour autant plonger dans les méandres de l’incompréhension musicale la plus totale. Pas toujours facile. Les grenoblois de Collapse ont donc choisi une option intermédiaire et nous offre un album au son massif, à mi-chemin entre le prog et le metal.

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C’est le poignant « Your Grace Is Out Of Time » qui se charge d’ouvrir les hostilités. Une voix féminine, froide et synthétique nous accueil aux portes de The Fall, suivie par des décharges de guitares au son rêche et de nappes de synthétiseurs instaurant une ambiance à la fois malsaine et majestueuse. Un malaise sonore étreint alors vicieusement l’auditeur pour ensuite ne plus le lâcher pendant près de 50 minutes.  Ce morceau liminaire pose les bases d’un disque qui, à l’instar du Ponorgraphy des Cure sorti il y a plus de trente ans, ne s’écoute pas, mais se ressent. The Fall est un album à passer seul chez soi (lumières basses et rougeâtres de préférence) afin de ressentir tout le mal être qui en émane. Ajoutez à cela une science du riff que beaucoup de groupes pourraient envier et vous tenez là un album de haute volé, capable de déchaîner des critiques aux avis de plus en plus extrêmes lorsqu’ils découvrent un nouveau groupe.

Cependant le reste des titres souffre de la comparaison avec le morceau d’ouverture, à côté duquel ils paraissent un peu fades, bien qu’ils soient souvent de très bonne facture (le pesant « Jesco’s Ghost » et le plus aérien « The Dream Is Over »).  D’autres n’arrivent pas à se soustraire des écueils habituels du post-rock pour aller se perdre en longueur alors qu’ils n’en ont pas forcément la carrure (« Bringing Out The Dead »), ou se répéter sans vraiment apporter au propos.

C’est pour cette raison qu’il est beaucoup plus intéressant d’écouter The Fall comme on regarde un (bon) film d’horreur. Tout se joue finalement sur l’ambiance. Ce que Collapse à apparemment bien compris, car le son de l’album colle parfaitement à ce que les mélodies nous évoquent. Basse lourde, guitares incisives, nappes de synthés et batterie surpuissante, sublimés par un mixage lisse et de grande classe, convenant parfaitement à l’univers sombre et froid que nous impose le groupe.

Mais tout n’est pas que poigne glaciale dans « The Fall ». Quelques instants de légèreté parsèment le disque (« Tears », « Last Chance to Live ») donnant un peu de relief au paysages assez uniformes de l’album, le groupe se payant même le luxe de terminer sur le très bon « I Hope Your In Peace Now », épopée salvatrice, apportant une profonde et ultime respiration à cette expérience haletante que demeure « The Fall ».

Note : 3.5/5

Dirty Alice

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